Partager l'article ! "THE SOCIAL NETWORK" DE DAVID FINCHER (2010): Le film commence dans un café bruyant et semi-obscur d'Harvard o ...
Le film commence dans un café bruyant et semi-obscur d'Harvard où Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg), un génie de l'informatique au physique ingrat et limite asocial (ce que l'on appelle un "geek"), se fait lourder par sa copine qui en a marre qu'il préfère ses chers programmes informatiques à elle-même. Fou de rage, il traverse le campus et se venge en créant aussitôt, avec l'aide de son meilleur et seul ami, Eduardo (Andrew Garfield), un site destiné à noter les mérites respectifs des filles de l'Université. Pour ce faire, il pirate les bases de données des différents collèges, ce qui est évidemmment répréhensible. Mais le site a un succès immédiat auprès des garçons de Harvard et le nombre de connexions explose au point que le responsable de la sécurité informatique de l'Université, réveillé en pleine nuit, doit débrancher les serveurs.
Du jour au lendemain, Mark, auquel personne ne faisait attention auparavant, devient le héros du campus. Ce qu'il a fait l'entraîne cependant devant une commission de discipline qu'il écrase avec morgue de sa supériorité intellectuelle (qui est réelle). Ce premier avertissement ne lui suffit pas et lui donne même des ailes pour passer à la vitesse supérieure, embarquant Eduardo (qui, bien que réticent, lui fournit ses premiers financements en plus de ses connaissances informatiques) et, piquant sans le moindre scrupule, l'idée des frères Winklevoss, deux étudiants friqués, de créer un réseau social à l'échelle de l'Université, il n'hésite pas à envisager de l'étendre à l'échelle du pays puis, pourquoi pas (Mark Zuckerberg ne s'arrête pas pour si peu) au monde. C'est ainsi qu'est né, fin 2002 et début 2003, le fameux Facebook.
Devant les premiers succès de son projet, poussé par le machiavélique et totalement amoral Sean Parker, fondateur ruiné de Napster (Justin Timberlake), Mark trahit tous ceux qui l'ont aidé (à commencer par Eduardo et les frères Winkelvoss), ignorant tous les avertissements, il devient un "super geek", se lançant à corps perdu dans le développement de "son" projet, se retrouvant en quelques mois à la tête d'un réseau de plusieurs millions "d'amis" virtuels mais aussi entraîné dans des procès pour plagiat, vol de données personnelles, non-respect du copyright, etc. Malgré tout, et vu l'enjeu financier de l'affaire, les avocats entrent dans la danse et tout se règle par des compromis, faisant de lui, à 26 ans, l'un des hommes les plus riche du monde.
Après avoir vu ce film mi-figue mi-raisin, les détracteurs, souvent mal-informés sur ce qu'est réellement Facebook et s'imaginant des dangers qui n'existent pas, seront encore plus renforcés dans leur paranoïa. Quant à ceux qui l'utilisent, ils y mettront sans doute plus de discernement surtout en "verouillant" leurs données personnelles, ce qui est l'essentiel. Quoiqu'il en soit, personne ne pourra désormais ignorer l'importance du plus gros réseau social du monde et du tournant qu'il représente désormais dans la communication mondiale et les relations qui s'établissent entre individus séparés par des continents entiers.
Le propos du film n'est pas moralisateur : on ne peut pourtant s'empêcher d'en tirer une morale en ce qu'il nous montre une jeunesse ultra-privilégiée, certes (celle de Harvard) mais néanmoins déracinée et en permanence à la recherche de sensations fortes (fric, sexe, drogue et alcool). Ce n'est pas exactement l'idée que l'on se faisait de l'une des Universités parmi les plus prestigieuses du monde. On se rend compte, en voyant ce film, combien la jeunesse américaine (mais cela est aussi valable pour le reste des pays "développés") a perdu ses repères (et pas seulement dans les banlieues pauvres). Un film qui laisse une amère impression de dérive où les vraies valeurs, de morale, d'honnêteté et d'amitié, sont sérieusement mises à mal. Les héros du film ne sont en rien sympathiques mais on ne peut s'empêcher de les plaindre car leur victoire se fait au détriment de leur humanité : en effet, si Mark sort de cette aventure richissime, il se retrouve plus solitaire qu'il ne l'a jamais été malgré ses "500 millions d'amis" virtuels.
Jake Eisenberg, qui joue le rôle de Mark, a l'âge du personnage qu'il incarne. Il y est excellent. Il faut dire que, malgré son jeune âge, il a déjà l'expérience d'une 20e de films et de plusieurs pièces de théâtre. Quant à Andrew Garfield (son copain Eduardo, devenu son plus acharné ennemi), j'avais déjà remarqué son excellente prestation dans "Lions et agneaux" de (et avec) Robert Redford (2007) ainsi que dans "Boy A", dont j'ai parlé ici et, depuis, vu dans le terrifiant film "Never let me go". On doit aussi saluer la prestation du chanteur Justin Timberlake, très crédible en parfait salaud cynique sans foi ni loi dont le seul but est de trouver un pigeon qui lui permettra de redorer son blason.
Un dernier mot sur la bande originale du film, composée par Trent Reznor et Atticus Ross qui mêle savamment le rock électrisé de The White Stripes , les Beatles, la musique mélancholique de Grieg et surtout, à la fin, une superbe et étonnante reprise de Creap de Radiohead par la chorale féminine des Scala and Kolacny Brothers une réinterprétation d'une beauté à couper le souffle.
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