Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 12:57

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Liberté de Tony GATLIF (2010)

 

Liberté, également titré Korkoro en romani, film français, réalisé par Tony Gatlif, sorti en 2010.

 

Synopsis

 

En 1942, une famille tsigane arrive comme chaque année dans un village du centre de la France pour faire les vendanges. Pendant leur voyage, ils ont recueilli un jeune orphelin, P’tit Claude (Mathias Laliberté). Les lois de l’époque (datant de 1912, elles resteront en vigueur jusqu’en 1969 !!!), imposaient aux gens du voyage d’aller faire apposer un visa sur le carnet  anthropométrique dont ils ne devaient jamais se séparer, dès leur arrivée dans une commune française. C’est ce qu’ils font dès leur arrivée dans le village de Saint-Amand, mais de nouvelles lois encore plus restrictives, édictées par le régime de Vichy, sont entrées en vigueur. Elles condamnent les nomades à choisir entre la sédentarisation ou l’internement. Les carnets anthropométriques, même à jour, ne suffisent plus à les protéger de la déportation et de l’extermination. Le maire du village, Théodore (Marc Lavoine), qui est aussi vétérinaire, aidé par l’institutrice du village et secrétaire de mairie, Melle Lise Lundi (Marie-José Croze) essaient de les protéger. Théodore adopte le P’tit Claude comme s’il était son propre fils. Melle Lundi,  propose aux enfants gitans qui le veulent de venir à l’école pour apprendre à lire. Trois d’entre eux, seulement viennent, dont Taloche (James Thiérrée), un tsigane adulte mais simplet et fantasque.Un jour, en se rendant au campement de ses amis gitans, P’tit Claude le trouve déserté. Les gitans ont tous été raflés par la police française et enfermés dans un camp provisoire d’où ils risquent d’être déportés. Pour les sauver, Théodore décide de les faire propriétaires d’une maison et d’un terrain qui lui viennent de sa famille. Leur « sédentarisation » leur permet d’être libérés mais les Tsiganes emménagent à contrecœur dans les bâtiments délabrés car cela s’oppose à toutes leurs traditions de liberté et à leur terreur des « fantômes » qui, selon leurs croyances, habitent les lieux habités par les gadjos. Taloche, très près de la nature, a une prévention particulièrement exacerbée contre cette vie qu’on les oblige à vivre pour les protéger. Malgré les manifestations de racisme et les préjugés de certains villageois, Théodore résiste. Hélas, Mademoiselle Lundi est aussi résistante et elle est arrêtée par la Milice pour avoir établi de fausses cartes d’identité pour les résistants. Théodore est arrêté en même temps qu’elle. P’Tit Claude n’ayant plus d’endroit où aller, rejoint ses amis gitans qui décident de fuir le village et de trouver refuge dans la forêt mais ils y seront finalement débusqués, arrêtés, et déportés.

 

Distribution

 

  • Marc Lavoine : Théodore Rosier
  • Marie-Josée Croze : Mademoiselle Lundi
  • James Thiérrée : Félix Lavil dit Taloche
  • Rufus : Fernand
  • Carlo Brandt : Pierre Pentecôte
  • Mathias Laliberté : P'tit Claude
  • Bojana Panić : Tina
  • Arben Bajraktaraj : Darko

A savoir

 

Tony Gatlif qui, depuis son 4ème film, Corre Gitano (1981), n'a cessé d'aborder le thème des gitans, est né en Algérie, d'un père kabyle et d'une mère gitane et il est arrivé en France, durant la guerre d'Algérie, en 1960.

Le film traite d’un épisode largement méconnu de la 2ème Guerre mondiale, la persécution des Tsiganes par les autorités de la France de Vichy, en collaboration avec les occupants nazis. Bien que les chiffres soient imprécis, entre 250 000 et 500 000 tsiganes, sur les 700 000 qui vivaient en Europe pendant la 2nde Guerre mondiale, auraient été exterminés par les nazis. En France, entre 1940 et 1946, entre 3000 et 4000 tsiganes auraient été internés dans 27 camps. Le film s'inspire par ailleurs de la vie de la résistante Yvette Lundy, institutrice et secrétaire de mairie à Gionges (Marne) qui déportée à Ravensbrück pour avoir fait de faux papiers. Yvette Lundy a survécu. Après la guerre, elle est devenue députée du Nord. Elle intervient toujours régulièrement dans les établissements scolaires pour témoigner de son combat.

Le rôle du gitan Taloche est interprété par James Thiérrée, acteur, danseur, metteur en scène, musicien et acrobate, qui a vécu toute son enfance dans le milieu du cirque. Il est le petit-fils de Charlie Chaplin.

Le film a été tourné dans la Loire, dans les monts du Forez, dans les environs de Rozier-Côtes-d'Aurec et de Saint-Bonnet-le-Château. Il a bénéficié de l’aide de la Région Rhône-Alpes.

 

Récompenses

 

  • Festival international du film d'histoire de Pessac 2009 : Prix du public.
  • Festival des films du monde de Montréal 2009 : Grand Prix des Amériques, Mention spéciale du prix du jury œcuménique, Prix du public

Je ne sais pas si ce film a obtenu d'autres récompenses et si les acteurs, tous excellents, ont été distingués comme ils l'auraient dû. L'interprétation du chanteur Marc Lavoine, qui, depuis san adolescence, a toujours voulu faire du cinéma et dont c'est le 5ème film, est remarquable de retenue et de justesse. mais c'est surtout l'extraordinaire prestation de James Thiérrée qui impose la personnalité du gitan Taloche, littéralement "fou" de liberté, que l'on doit remarquer. Le petit Mathias Laliberté (10 ans au moment du film), en petite bête traquée, est particulièrement émouvant avec ses  grands yeux limpides. Il deviendra certainement un grand acteur.  Et puis il y a toute la famille des gitans, dont la plupart ne sont pas des acteurs professionnels, dont l'intensité du jeu est proprement stupéfiante.

 

Musique

 

La musique, qui est un des éléments essentiels du film, comme de la plupart des films du même réalisateur, a été composée par Tony Gatlif lui-même et l'émouvante chanson du générique est interprétée par Catherine Ringer, la talentueuse chanteuse des Rita Mitsuko. 

 

Mon opinion

 

J'avais regretté de n'avoir pu voir ce film lors de sa sortie au cinéma. C’est une belle œuvre cinématographique, qui commence et qui finit, hélas mal, par la fuite éperdue des Tsiganes épris de liberté. On ressent physiquement, à travers le regard du réalisateur, leur terreur de l’enfermement et leur amour de la nature, des éléments (l’eau, le vent…), et des animaux, avec lesquels ils vivent en symbiose. Les priver de cette liberté est les contraindre à une mort spirituelle et psychologique sans doute encore plus meurtrière que celle qui les attendait dans les camps. C'est pourquoi on ne peut qu'avoir été doublement choqués par les déclarations anti-Roms de M. Nicolas Sarkozy, cet été à Grenoble, qui démontrent un mépris absolu de ces faits (car on ne peut imaginer qu'il n'en soit pas informé !) dont la France devrait au contraire s'excuser auprès du peuple Rom. En tant qu'ethnologue, humaniste et républicain, je ne peux que dénoncer une attitude indigne d'un président de la République française auquel la Constitution fait obligation de défendre les valeurs de la France, au premier rang desquelles la Liberté.  

 

 
Par rock07 - Publié dans : Drame
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