Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 18:26

Warner Bros. France

            Voilà un film parfaitement inclassable, que beaucoup, je pense, trouveront même difficilement compréhensible. Il mêle en effet science-fiction et thriller dans une fascination pour le monde du rêve. Quelqu’un comme moi, pour qui le rêve a une importance majeure dans la créativité, ne pouvait pas ne pas voir ce film.

 

Christopher Nolan est le réalisateur de « Memento », de « Batman begins » et de « The dark knight ». « Memento » aussi était un film inclassable, assez « prise de tête » par son montage si particulier. « Batman begins » est un film beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. Il commence par une scène où le héros suit en Asie la formation d’un maître des arts martiaux en vue de préparer sa vengeance contre les assassins de ses parents alors qu’il était petit garçon. Celui que j’ai le moins aimé de la série des « Batman », tout en en reconnaissant ses qualités, était « The dark knight », malgré l’extraordinaire (et hélas définitive) prestation d’Heath Ledger.

 

Quoiqu’il en soit de tous ces films, ce qu’on ne peut pas reprocher à Nolan, c’est de ne faire que des films d’action car tous, chacun dans son genre, contient une profonde réflexion sur l’âme humaine, ses errances et sa complexité.

 

En cela, « Inception » porte bien la signature de Christopher Nolan.

 

J’ai rarement vu un film qui mélange tant les genres et qui soit aussi complexe. Dans l’interview du metteur en scène, qui se trouve parmi les bonus du DVD, on apprend qu’il a pensé à ce film pendant une 10e d’années avant de le réaliser. Il avoue avoir toujours été fasciné par le phénomène du rêve.

 

Tout en sachant que le pari n’est pas gagné à cause de la complexité invraisemblable du scénario (qui en cela, rappelle beaucoup « Memento »), on peut essayer de résumer le film de la manière suivante : Dom (Dominic) Cobb (Leonardo di Caprio) est un spécialiste de « l’inception », mot créé de toute pièce (du moins, je le crois) pour qualifier la faculté qu’ont certaines personnes (c’est le cas de Cobb) de s’introduire dans les rêves des autres afin de les modifier. Bien entendu (c’est ce qui justifie le thriller, ces personnes n’utilisent pas ce don extraordinaire dans un but purement philanthropique mais le mettent au service de leurs intérêts). Cobb travaille en équipe. Celle-ci est formée d’Arthur (Joseph Gordon-Levitt), d’un architecte, Nash (Lukas Haas), qui crée les « décors » des rêves. Après l’échec de la première mission sur laquelle commence le film, il  va être remplacé par une jeune femme, Ariane (Ellen Page). L’équipe va aussi compter le commanditaire, l’énigmatique Saito (Ken Watanabe), un chimiste, Yussuf (qui élabore les puissants sédatifs qui permettent de prolonger le rêve) et d’un « faussaire », Eames (Tom Hardy), spécialiste de l’usurpation d’identité des acteurs du rêve. Entraînés par Dom, chacun à un rôle précis dans le montage de « l’inception » qui, dans ce cas particulier, consiste à entrer dans le rêve (provoqué) d’un jeune milliardaire, Robert Fisher (Cillian Murphy) pour le dissuader de prendre la direction de la multinationale dont il est l’héritier au profit d’une multinationale du nom de Cobol Engineering.

 

Mais l’aspect « thriller » se double d’un autre, beaucoup plus intéressant en ce qui me concerne et qui correspond à la préoccupation sincère du réalisateur pour le monde onirique. Par ce coup de main qui doit lui assurer la fortune et l’impunité, Dom, qui fuit la police américaine que les faits accusent du meurtre de sa femme Mall (Marion Cotillard), pourra rentrer librement dans son pays et revoir ses enfants. La mort de sa femme est liée à cette investigation du monde du rêve. Investigation qui s’est révélée fatale pour Mall. En effet, dans une autre vie, heureuse, Dom et Mall, se sont laissés prendre au piège de l’inception en se créant « leur » monde, un monde parfait qui n’appartenait qu’à eux et dans lequel ils pouvaient abriter leur amour. La santé mentale de Mall n’y a pas résisté et, devenue schizophrène, elle n’a plus su faire la part du rêve et de la réalité et, se croyant protégée par le rêve et voulant y rester, elle s’est réellement suicidée. Dom a été accusé de son meurtre dont il n’est en rien responsable et qu’il ne peut rationnellement expliquer à la justice.

 

Je n’irai pas plus loin dans mon résumé car le film peut être lu à différents niveaux, comme les strates du rêve s’imbriquent dans d’autres strates, et cela, presque à l’infini.

 

Le spectateur lambda a de quoi être désarçonné par un tel scénario. C’est sans doute le pari du réalisateur car on sort de ce film avec l’impression d’avoir soi-même fait un rêve compliqué dont on n’a pas tout compris et dont certaines parties s’effacent, ne laissant qu’un souvenir confus et un certain malaise.

 

Personnellement, je pense que le réalisateur aurait pu s’abstenir d’une grande partie des scènes inutilement complexes et spectaculaires qui n’apportent qu’une plus grande confusion à son propos. Mais c’était peut-être le prix à payer pour intéresser les financeurs…

 

Une nouvelle fois, je constate que Leonardo Di Caprio est excellent. De film en film, il gagne en force et son interprétation est de plus en plus juste. Bien qu’il soit, sans conteste, le héros du film, sa prestation n’écrase pas celle des autres acteurs, ce qui est l’apanage d’un grand acteur. En effet, les rôles secondaires ne sont pas effacés, bien au contraire, par sa présence si magistrale. J’ai en particulier découvert un acteur que je ne connaissais pas, Joseph Gordon-Levitt, qui joue le rôle d’Arthur,  l’impeccable bras droit et ami de Cobb. Par contre, que dire de Marion Cotillard. C’est une actrice que j’aime beaucoup et qui a fait ses preuves (Furia, Un long dimanche de fiançailles, La Môme, où elle incarne si parfaitement Piaf). On ne voit pas bien ce qu’elle vient faire dans ce film. Pourquoi l’avoir choisie, elle, pour lui donner un rôle aussi secondaire et en retrait ? Ce n’est pas sa faute, mais, alors que tous les autres acteurs du casting sont à leur place, elle détonne et ne me convainc pas dans ce rôle…      

 

Un film qui ne plaira certainement pas à tout le monde. Soit on se contentera des scènes d’action sans chercher à entrer dans l’histoire (et on passera à côté de ce qui fait l’intérêt profond du film), soit au contraire – et ce fut mon cas – on regrettera qu’elles soient trop envahissantes par rapport à la préoccupation du réalisateur pour le monde du rêve qui, à mon avis, fait tout l’intérêt de ce film. Dans les deux cas, on restera déçu ou du moins décontenancé.    



Par rock07 - Publié dans : SF, fantasy, fantastique
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