Samedi 29 janvier 2011 6 29 /01 /Jan /2011 21:03

Dernier film de Clint Eastwood (2010), "Au-delà" ("Hereafter" en version originale) est particulièrement inclassable. La version française de Wikipedia le présente comme un "thriller fantastique", ce qu'il n'est pas, et la version anglaise du même site, comme un "drame fantastique" (drama fantasy film), ce qu'il n'est pas non plus.

Le film commence en Thaïlande, quelques heures avant le tsunami dévastateur de l'Océan Indien de 2004 qui fit près de 300 000 morts et disparus et des dégâts considérables. Une journaliste de la télévision française, Marie Lelay (interprétée par Cécile de France) s'y trouve en vacances avec son amant Didier, réalisateur à France Télévision (Thierry Neuvic). Elle le laisse prendre son petit déjeuner dans la chambre de l'hôtel pendant qu'elle part acheter quelques cadeaux sur le marché avant leur départ. Alors qu'elle marchande un bracelet avec une vendeuse, un énorme ronflement annonce l'arrivée du tsunami qui balaye tout sur son passage. Emportée par la vague, elle fait l'expérience de ce que les anglo-saxons appellent une N.D.E ("Near Death Experience") avant d'être ramenée à la vie par des sauveteurs. Didier a lui aussi été miraculeusement épargné et ils rentrent en France. Marie est sous le choc de ce qu'elle a vécu et, bien que physiquement indemne, elle ne peut reprendre son métier de présentatrice d'une émission de reportages. D'un commun accord avec Didier, elle décide de "faire un break" dans sa carrière professionnelle et de se mettre à rédiger un livre auquel elle pensait déjà depuis quelque temps sur la part d'ombre de la présidence de François Mitterand. 

A Londres, deux frères jumeaux de 12 ans, Marcus et Jason, font tout pour cacher aux services de la protection de l'enfance que leur mère Jackie, alcoolique et droguée, est incapable de s'occuper d'eux. En allant lui chercher des médicaments destinés à lui permettre de décrocher, Jason, dans une tentative d'échapper à des voyous qui en veulent à son téléphone portable, se fait percuter par une camionnette de livraison et meurt sur le coup, devant son frère effondré.

A San Francisco, George Lonnegan (Matt Damon), medium connu qui a le don d'entrer en relations avec les êtres disparus des gens qu'il touche, a décidé, contre l'avis de son frère aîné, de renoncer à donner des consultations qui lui rapportent, préfèrant travailler dans une usine de sucre de canne. Bien qu'ayant "raccroché", il accepte malgré tout de donner une dernière consultation à un ami de son frère.

Les trois héros, vivant l'une à Paris, les autres à Londres et San Francisco n'auraient logiquement jamais dû se rencontrer. Mais Marie, cherchant des réponses ce qu'elle a vécu, ne peut écrire son livre sur Mitterand et part consulter une spécialiste des NDE en Suisse (Marthe Keller, actrice élégante e l'on retrouve toujours avec plaisir). Celle-ci lui raconte sa lutte pour faire admettre par la communauté scientifique la réalité des NDE et lui confie le résultat de ses recherches sur ce sujet tant controversé. Marie en tire un livre, Hereafter, qui devient un best-seller dans les pays anglo-saxons, plus ouverts que la France, aux phénomènes paranormaux. A l'invitation de son éditeur anglais, Marie se rend à Londres pour le présenter à la London Book Fair (l'équivalent de notre "Salon du Livre").

George, toujours à San Francisco qui, prend en dehors de son travail des cours de cuisine italienne. Il y rencontre Mélanie, avec laquelle il sympathise. Un soir, il l'invite chez lui et, lorsque, par une indiscrétion du frère de George, elle prend connaissance de ses dons, elle le convainc de lui donner une consultation. Comme il en est vaguement amoureux, il cède à contrecœur. Mais ce qu'il voit dans la vie de Mélanie la bouleversent et elle le quitte brusquement et ne vient plus aux cours de cuisine. Comme il veut tourner la page, George plaque son boulot et décide d'aller à Londres afin de visiter la maison de Charles Dickens, son auteur favori, dont il écoute en boucle des lectures enregistrées. 

A Londres, après la mort de son frère, Marcus est provisoirement placé dans  une famille d'accueil. Après des recherches sur Internet, il s'enfuit en emportant les économies de la famille pour aller consulter des médiums dont aucun ne lui apprend quoique ce soit sur son frère.

Le hasard fait que les trois héros se rencontrent à la London Book Fair. Après une visite de la maison de Dickens, George est venu y écouter une lecture publique des oeuvres du grand écrivain. Errant à travers le salon, il y entend Marie parler de son livre. Marcus, qui a été entraîné là par sa famille d'accueil pour venir voir l'un de leurs anciens pensionnaires qui y a un poste, reconnaît George qu'il a vu sur son site Internet. Il le suit jusqu'à son hôtel et attend sur le trottoir jusqu'à ce que celui-ci accepte enfin de le recevoir et de lui parler de Jason.

On s'attendrait à ce qu'un tel film soit insupportable de sentimentalisme. C'est tout le contraire. Depuis la scène brutale du tsunami jusqu'à la rencontre finale entre George et Marie, on assiste à un exposé de faits sans pathos, sans musique envahissante (elle a été entièrement écrite par Clint Eastwood lui-même et reste d'une discrétion exemplaire), presque sans émotion... La seule scène où l'émotion vous envahit est celle où George parle au jeune Marcus de son frère décédé.

Ce n'est cependant pas un film entièrement réussi. Quelles que soient ses qualités, je dois dire que je suis assez d'accord avec la critique de Télérama, qui le qualifie de "bancal et un peu laborieux", même si je la trouve - comme souvent - un peu excessive et injuste. Mais il est vrai que le film désarçonnera un public non préparé (et pas forcément sensible au paranormal) car il en dit à la fois trop et trop peu. Dans plusieurs interviews, Clint Eastwood confesse qu'il n'est pas à l'aise avec le sujet qu'il a choisi et qu'il n'a pas de réponse à proposer. Pourquoi l'avoir fait alors ? Sans doute ne nous dit-il pas tout car, même s'il ne veut pas se l'avouer, il se pose certainement des questions sur "ce qui se passe après la mort". Si ce n'était pas le cas, il aurait fait un film plus commercial, avec surenchère d'effets spéciaux. Il en avait les moyens et Hollywood l'aurait sans doute plus facilement suivi que sur un projet aussi peu porteur.     



Par rock07 - Publié dans : SF, fantasy, fantastique
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